par Elisabeth Bouvet
Du livre au film. Le réalisateur italien Matteo Garrone présente Gomorra, adapté du roman éponyme de Roberto Saviano dont la publication en 2006 (l’année suivante, en France) a ébranlé la péninsule. Livre-enquête sur la Camorra, Gomorra est une plongée dans l’univers criminel et tentaculaire de la mafia napolitaine. De la haute couture au marché de la drogue, des déchets toxiques au trafic d‘armes, tout s’achète en Campanie, à commencer par la vie. Matteo Garrone présente un film sur la mafia qui tranche avec l’imagerie traditionnelle. Ici, pas de complaisance, la tonalité dominante, c’est la laideur.
C’est un minuscule point sur la carte de l’Italie : Casal di Principe, planquée, camouflée au nord de l’attirante Naples avec sa côte amalfitaine tant prisée par les touristes du monde entier. A Casal di Principe, à part le béton et les façades lépreuses, rien à signaler. C’est pourtant là que bat le cœur de la camorra. Là que les clans qui se disputent le pouvoir, se font « la guerre » pour du fric. Ici, nulle autre alternative que d’être « avec ou contre nous ». La seule « loi » qui vaille.
Matteo Garrone suit le destin de cinq personnages, comme autant de clés pour pénétrer dans les arcanes de la Camorra. Depuis le gamin qui rêve de faire comme les grands, en passant par le comptable de l’un des clans qui n’a plus d’autre objectif que de sauver sa peau, le couturier qui, dans son antre obscure, confectionne, pour les grandes maisons de couture, les robes que porteront les stars internationales, les deux adolescents qui se croient dans Scarface sans oublier Roberto, l’homme à tout faire d’un chef d’entreprise et politicien véreux qui recycle dans tous les terrains vagues de la région les déchets toxiques du nord du pays. Où l’on découvre ce que chacun sait mais tait, à savoir que l’argent de la Camorra irrigue l’économie du pays. La maintient même à flot, si l’on en croit le politicien. L’appât du gain est tel que même au dessus du lit d’un mourant, on continue à négocier âprement, sous le regard du crucifix. Et avec la bénédiction de tous. Une pyramide de corruption qui ne souffre aucune voix discordante, fût-elle celle d’une femme, d’une mère dont le mari est sous les verrous et qui, parce qu’elle aura refusé d’obtempérer, sera abattue sans états d’âme. « Faut acheter sa vie », lance l’un des protagonistes du film. Matteo Garrone a expliqué avoir voulu « raconter et non pas diffamer l’Italie » avant d’ajouter « le silence qu’on garde souvent sur ce qui se passe dans notre pays est une manière de l’avilir ». Image percutante à cet égard, celle d’une automobile criblée de balles qui vient percuter des colonnes romaines.
Le cinéaste italien a volontairement fait le choix d’une réalisation « invisible » pour éviter précisément de tomber dans le piège des films consacrés aux mafieux. Aucune complaisance à l’égard de la violence, pas de grosses voitures ni de beaux costumes, pas davantage de belles demeures mais un quotidien gris et glauque. Quant aux personnages, aucun n’est charismatique. La réalité, ce sont des gosses qui meurent pour un mot de travers, c’est la peur qui cloître les gens chez eux, et toute une province dont le sous-sol est complètement pollué. Par souci d’authenticité, c’est en napolitain que s’expriment les personnages du film. « L’authenticité », le mot-clé de Gomorra : « Je pense avoir fait une opération de vérité avec ce film », a justifié Matteo Garrone, accompagné pour l’occasion par le journaliste Roberto Saviano l’auteur du livre-enquête qui a inspiré le film et qui lui vaut de vivre depuis deux ans sous protection policière.
Cannes (dpa) Der italienische Autor Roberto Saviano muss aus Angst vor Anschlägen durch die Mafia nach wie vor unter erhöhten Sicherheitsvorkehrungen leben.
Beim Filmfestival in Cannes, wo am Sonntagabend ein nach seinem Sachbuch «Gomorrha» entstandener Spielfilm Premiere hatte, sollte Saviano nicht über den Roten Teppich laufen. Auch die Pressekonferenz fand unter den wachsamen Augen mehrerer Personenschützer statt.
Dabei leidet Saviano offenbar nicht so sehr unter der Bedrohung durch die von ihm beschriebenen Camorra-Clans, sondern unter der Kritik von Teilen der italienischen Öffentlichkeit. «In den USA werden Künstler, die die Zustände in ihrem Land beim Namen nennen, respektiert. In Italien zeigt man mit dem Finger auf mich. Die Leute denken, ich hätte ihr Land schlechtgemacht. Aber ich kann doch nicht schweigen», sagte Saviano in Cannes. So hätten ihn beispielsweise die meisten italienischen Kulturinstitute in aller Welt boykottiert.
Der mit viel Beifall bedachte Wettbewerbsbeitrag «Gomorra» von Matteo Garrone überträgt Charaktere aus dem Sachbuch in eine Spielfilmhandlung über Mechanismen von Macht und Gewalt an der Basis des organisierten Verbrechens. Gedreht in einem Vorort von Neapel, dessen verwahrloste Gebäude an Gefängnisse erinnern, bedient der Film keinerlei Klischees von «bella Italia». Er zeigt den Kreislauf des Geldes, das sinnlose Morden und giftigen Müll. Die Pfirsiche stinken und im Sandstrand versickert Blut.
Regisseur Garrone hat sich während der Dreharbeiten «sicher» gefühlt und ist in keiner Weise bedroht worden. «Die Clans des organisierten Verbrechens sind sich der Medien sehr bewusst», erklärte er. «Wir haben sorgfältig darauf geachtet, im Film alle konkreten Hinweise auf Namen oder Fakten zu verhindern», das sei für die Betroffenen entscheidend.» Die Bevölkerung des Mafia-Gettos hätte sich sogar richtig kooperativ gezeigt.
Jmc
Un escalofriante retrato de la mafia napolitana y un curioso drama familiar ambientado en un cine porno fueron las ofertas en concurso de la quinta jornada del 61º. Festival de Cannes donde dominó el estreno mundial de “Indiana Jones y el reino del cráneo de cristal”.
“Gomorra” es el sexto largometraje de ficción de Matteo Garrone que fue presentado en la Quincena de Realizadores y que se basa en un bestseller de Roberto Saviano donde se retrata, en múltiples historias, el poder omnipotente que ejerce la delincuencia organizada en Nápoles y sus alrededores.
Garrone fue consagrado internacionalmente en este mismo festival en la edición de 2002 con “L’imbalsamotore”.
El filipino Brillante Maria Mendoza, que el año pasado había cerrado con “John John” la sección paralela Una cierta mirada, este año se presenta en concurso con “Serbis” (Servicio), el nombre que dan los prostitutos a las relaciones pagas que mantienen con homosexuales en un sórdido cine de una caótica y ruidosa ciudad.
Con “Gomorra” y también con el otro filme en concurso en Cannes, “Il divo” de Paolo Sorrentino, el cine italiano vuelve a su vocación testimonial que tantos discípulos ha tenido en el mundo.
Un drama familiar de tres generaciones en un descalabrado y laberíntico cine porno filipino es el ambiente en el que se desarrolla el curioso nuevo filme de Mendoza.
Los protagonistas son la familia Pineda (matriarca, hija, yerno y nieta más entenados varios) que sube y baja por las infinitas escaleras de un cine conviviendo con travestis, homosexuales y prostitutos donde se ejerce sin problemas el amor mercenario.
Par Yannick VELY, à Cannes
La compétition de la sélection officielle arrive presque à sa mi-parcours avec deux nouveaux films présentés ce dimanche, deux longs-métrages en prise avec le réel, Gomorra de Matteo Garrone et Serbis de Brillante Mendoza. Un autre monde est possible, parait-il, même si la manifestation a été interdite sur la Croisette. Un autre cinéma, lui, c’est évident.
Le pouvoir, l’argent et le sang. Telles sont les “valeurs” avec lesquelles les habitants de la province de Naples et de Caserte doivent se confronter chaque jour. En fait, presque toujours, les gens n’ont pas le choix, presque toujours ils sont forcés d’obéir aux règles du Système, la Camorra. Adapter le roman best-seller de Robert Saviano est un acte courageux. Le cinéaste italien Matteo Garrone suit les destinées de cinq personnages aux prises avec la pieuvre qui gangrène l’Italie. Dès les premières séquences, sur fond de musique pop napolitaine, le ton est donné. Caméra à l’épaule, avec un style emprunt au documentaire, il filme la guerre civile qui se déroule dans l’Italie du Sud. Les histoires ne se croisent jamais mais la mafia, elle, est partout. Dans une cité délabrée – quel décor de cinéma! – d’une ville calabraise. Sur le front économique avec l’enfouissement de déchets toxiques ou les petits règlements de compte entre amis pour mettre fin à l’invasion du textile chinois. Sans concession, Gomorra dépasse les simples clichés sur le genre pour illustrer l’implication de la Camorra dans la vie de tous les jours. Le seul défaut du film tient dans sa générosité. A trop vouloir multiplier les personnages et les situations, Matteo Garrone perd de vue l’implication émotionnelle nécessaire à l’identification. Il signe néanmoins un film important sur un sujet encore tabou de l’autre côté des Alpes.
Adrian Prechtel
Das ist neu: Roberto Saviano ist da, Autor des Enthüllungsromans „Gomorra”, und er wird beschützt von Sicherheitskräften in Zivil, die als Presseleute getarnt sind. Gerade wurde die Kino-Adaption von „Gomorra” gezeigt, ein beklemmender Film ohne das befürchtete Blutbad – und damit noch viel eindringlicher. Die Pressekonferenz war spontan verschoben worden, und Saviano kündigte an, heute abend nicht zur Gala-Vorführung zu kommen. Denn mit dem Erfolg des Buchs und nun des Films, wachse für ihn die Gefahr.
Das Einzige, was die Mafia fürchtet, ist die Meinungsfreiheit in einer Demokratie. Ist das nicht der Traum eines jeden US-Studiobosses: Fast 4000 Journalisten versammelt und ein Roter Teppich als Super-Promo-Show, übertragen ohne Sonderkosten in alle Welt. So nutzt man in Cannes, dass keiner der hier teuer Logierenden den inszenierten Hype verpassen will. Angebotsknappheit
Heuer ist es ein Film, auf den die Welt – nach Vorstellung der Paramount – 19 Jahre gewartet haben soll: „Indiana Jones”, der Vierte. Um die Hysterie zu erhöhen, spielt man mit Angebotsknappheit. Die 250 geladenen Gäste im Carlton sind offiziell alle „Filmemacher”, die Presse darf nicht rein, man hat sie zum Marketing-Arm der Major-Studios gemacht. Denn tief sitzt noch der „Da-Vinci”-Schock, den Cannes vor zwei Jahren in Hollywood auslöste und der das ohnehin angespannte Verhältnis zwischen cinephilem Festival und Blockbuster-Startrampe noch verschlechtert hat. Denn es passierte für Sony der Medien-Gau: Als abends Tom Hanks und Audrey Tautou am Roten Teppich erschienen, war ihr Lächeln eingefroren. Denn kurz nach der Pressevorführung, Minuten vor der Abendgala waren die ersten vernichtenden Kritiken verbreitet worden. Die Pressehunde hatten zugebissen. Der Film war angeschlagen schon vor der Premiere.
Also hat man diesmal die Presse-Daumenschraube für „Indiana Jones und das Königreich des Kristallschädels” noch einmal angezogen. Gegen jede Seriosität finden die wenigen Interviews zum Film schon vor der Pressevorführung statt, was kritische Fragen ausschließt. Im Kino dann zwei Stunden gequirlter Blödsinn, keine Lacher, simple Anspielungen auf frühere Abenteuer, alles gesetzt in die 50er Jahre mit altbackener Kommunisten-Hysterie und Atompilz-Visionen. Am Ende war alles doch nur die Schuld von Außerirdischen. Erich von Däniken wäre stolz auf diesen Film. Und wenn dann Harrison Ford als Indiana Jones noch unter die Haube kommt, wissen wir endgültig, dass Schluss ist mit diesem Kinoabenteuer, dessen Zeit längst abgelaufen ist.
Aber weil in Cannes eben noch Filmkunst zählt, drehen sich die Gespräche auch um den „Scoop”, den Treffer, den Woody Allen gelandet hat mit „Vicky Cristina Barcelona”. Gewohnt schüchtern sitzt Allen im Pressesaal. Neben ihm eine gerührte Penélope Cruz, weil der Altmeister des psychologischen Humors eine Rolle nur für sie geschrieben hat, als eifersüchtige Ex-Frau von einem Mann, der im wirklichen Leben ihr Lebensgefährte ist: Javier Bardém, den sie gleich zum „besten Schauspieler der Welt” erklärt. Im Film gibt es eine Menage à trois zwischen den beiden und Scarlett Johansson. Und das ist das Erotischste, was man seit langem im Kino gesehen hat – und das Witzigste. Denn hier trifft, von Woody Allen wunderbar verdichtet, das sinnlicheSexbomben-Amerika auf das feurige Latino-Europa. Das schlägt Funken.
Filme aus den Nebenreihen
Die bewegendsten Augenblicke lieferten bisher ohnehin Filme aus den Nebenreihen: Mike Tyson, tief gefallener Ex-Box-Superstar, betrat in einen Anzug gepresst gegen Mitternacht am Ende des Dokumentarfilmes über ihn, linkisch die Bühne, gerührt von dem Intellektuellen-Applaus, und erklärte, wie geehrt er sei, in Cannes zu sein, denn so etwas wie ein glamouröses Filmfestival kenne er nicht. In der Doku hatte er offen über seine Sexsucht und Minderwertigkeitskomplexe gesprochen.
Auch der deutsche Film hatte einen applaudierten Auftritt. Dabei hatte Andreas Dresen („Sommer vorm Balkon”) mit „Wolke 9″ dem Kritikerpublikum ein schwieriges Thema serviert: Liebe (und Sex) im Alter. Aber nach ein paar Schreckminuten über einige Senioren-Orgasmen rührte der Film alle: Alter schützt vor Liebe nicht!
AFP
“Gomorra”, del italiano Matteo Garrone, sobre el violento universo de la mafia napolitana, y “Serbis” de Brillante Mendoza, primer filme filipino en competición en Cannes desde hace 24 años, entran el liza por la Palma de Oro.
Basada en el libro epónimo de Roberto Saviano, un best-seller en su país, “Gomorra” narra varios días en la vida de diversos personajes ligados a la Camorra, la mafia napolitana: empresarios inmorales, jefes mafiosos, matones, pero también un contable, un sastre, un ama de casa o unos jóvenes que, apenas salidos de la infancia, se esfuerzan ya por encontrar su lugar en ese mundo de crimen.
Garrone filma con extrema sobriedad y un gran distanciamiento, dando a su película un tono documental, casi neutro, que hace aún más terrorífica la descripción de una sociedad contaminada a todos sus niveles por la mano de la mafia, que causa miles de muertes al año y ha puesto dinero hasta en la reconstrucción de las Torres Gemelas de Nueva York, según denuncia la película.
Después de la proyección, recibida con aplausos, Garrone declaró en Cannes que quiso hacer con su película una “operación verdad”.
Estimando que el silencio envilece, el cineasta dijo que quiso “contar su país sin difamarlo.” “En Italia estamos cansados de la imagen folclórica de la criminalidad” que da a menudo el cine o la literatura, agregó.
“Gomorra” es el quinto largometraje de Matteo Garrone, quien ya presentó en Cannes, en la Quincena de los Realizadores, “El extraño señor Peppino” en 2002.
Segundo filme en competición el domingo, “Serbis” (Servicio) de Brillante Mendoza, es el primero de un director filipino que compite por la Palma de Oro desde 1984, cuando “Bayan Ko” (“Mi país”) de Lino Brocka figuró en la selección oficial.
Filmado con cámara digital y medios más que pobres en sólo doce días, “Serbis” describe el mundo sórdido de un cine pornográfico en Angeles, una ciudad filipina, se fija en los jóvenes que se prostituyen allí dentro y en la familia que lo regenta, dirigida por una matriarca que trata de hacer condenar a su marido por bigamia, mientras sus hijos defienden al hombre (para que no sean reconocidos como herederos los hijos de la segunda mujer).
Una sordidez en la que el director se regodea hasta el hartazgo, aunque a veces introduce en ella un segundo grado irónico: el cine se llama “Family” y entre escenas de crudeza pornográfica y tomas directamente escatológicas, Mendoza muestra a la hija de la propietaria y taquillera del cine como mamá atenta a su hijito, al que manda tomarse la leche o a darse una ducha.
Una segunda película filipina, “Now Showing” de Raya Martin, seleccionada en la Quincena de los Realizadores, figura en el programa del Festival de Cannes este año, algo excepcional para la cinematografía de un país que rara vez se ve en los grandes festivales.
Diez guardaespaldas custodiaban ayer al escritor Roberto Saviano, cuyo libro «Gomorra» ha servido de base para la película del mismo título que ha dirigido Matteo Garrone y que ayer se proyectó en Cannes. «Gomorra» desenmascara el mundo de la mafia napolitana, y la reacción de ésta ha obligado a Saviano a vivir desde hace dos años sin domicilio fijo y con escolta. El escritor del que es, sin duda, uno de los mayores fenómenos literarios en Italia en los últimos años no acudió, por motivos de seguridad, a la alfombra roja, pero sí estuvo en la rueda de prensa junto a Garrone. «No esperaba -dijo Saviano- que la película fuese tan bien recibida; en Italia estamos cansados de la imagen folclórica de la criminalidad que a menudo se da en el cine y en la literatura».
Lamentó que en Italia se le señale con el dedo por ser crítico con su país, a diferencia de lo que ocurre en otros lugares. «Sólo traté de hablar del lugar donde nací, que amo y odio al mismo tiempo, y de gente obsesionada con el nacimiento y la muerte, pero que al mismo tiempo crea empresas». La Camorra es, según Saviano, responsable de más de diez mil muertes en los últimos treinta años; «ha causado más muertes que en la Franja de Gaza». Distribuye droga, trafica con armas e invierte las ganancias en negocios «legales» como la construcción, el turismo o los supermercados. Garrone, por su parte, dijo que había querido que la película «transmitiera el olor, el espíritu de esa realidad».
Le cinéaste Matteo Garrone a expliqué dimanche avoir voulu “raconter et non diffamer l’Italie” en dépeignant la Camorra dans “Gomorra” montré à Cannes, un film dont il a tenté de rendre “invisible” la réalisation, aux antipodes du “folklore” des fictions consacrées à la mafia.
“En Italie quand on raconte son pays, on est accusé de diffamer son pays”, a déclaré Garrone, âgé de 40 ans, à la presse internationale qui venait de voir son dernier film, en compétition au 61e Festival de Cannes (14-25 mai).
“Je ne comprends pas pourquoi, quand des réalisateurs américains ou israéliens racontent leur pays, on les considère comme des auteurs nécessaires, et dès qu’un Italien fait la même chose, on l’accuse”, a-t-il poursuivi.
“Je pense au contraire avoir fait une opération de vérité”, s’est justifié Garrone, ajoutant: “le silence qu’on garde souvent sur ce qui se passe dans notre pays, est une manière de l’avilir”.
“En Italie nous sommes fatigués de l’image folklorique de la criminalité et du pouvoir des entrepreneurs donnée par les fictions”, a-t-il encore déclaré.
Adapté d’un livre-enquête best-seller en Italie, traduit dans le monde entier et signé par Roberto Saviano, présent à Cannes pour défendre le film, “Gomorra” montre le glauque quotidien de la mafia napolitaine, dans une Italie où économie réelle et parallèle se confondent.
Interrogé sur l’esthétique réaliste, inspirée du documentaire, qu’il a adoptée dans ce film, le cinéaste a expliqué s’être “beaucoup inspiré des reportages de guerre”.
“Je voulais que le film ait un impact émotionnel très fort, en donnant au spectateur la sensation qu’il se trouvait là, qu’il puisse presque sentir l’odeur de ces lieux”, a-t-il expliqué.
“A cause de son thème délicat, ce film m’interdisait toute forme de commentaire”, a conclu Garrone, “il fallait que je sois invisible, que je ne fasse pas du tout sentir ma mise en scène”.
Diez guardaespaldas custodiaban ayer al escritor Roberto Saviano, cuyo libro «Gomorra» ha servido de base para la película del mismo título que ha dirigido Matteo Garrone y que ayer se proyectó en Cannes. «Gomorra» desenmascara el mundo de la mafia napolitana, y la reacción de ésta ha obligado a Saviano a vivir desde hace dos años sin domicilio fijo y con escolta. El escritor del que es, sin duda, uno de los mayores fenómenos literarios en Italia en los últimos años no acudió, por motivos de seguridad, a la alfombra roja, pero sí estuvo en la rueda de prensa junto a Garrone. «No esperaba -dijo Saviano- que la película fuese tan bien recibida; en Italia estamos cansados de la imagen folclórica de la criminalidad que a menudo se da en el cine y en la literatura».
Lamentó que en Italia se le señale con el dedo por ser crítico con su país, a diferencia de lo que ocurre en otros lugares. «Sólo traté de hablar del lugar donde nací, que amo y odio al mismo tiempo, y de gente obsesionada con el nacimiento y la muerte, pero que al mismo tiempo crea empresas». La Camorra es, según Saviano, responsable de más de diez mil muertes en los últimos treinta años; «ha causado más muertes que en la Franja de Gaza». Distribuye droga, trafica con armas e invierte las ganancias en negocios «legales» como la construcción, el turismo o los supermercados. Garrone, por su parte, dijo que había querido que la película «transmitiera el olor, el espíritu de esa realidad».
ROME (AFP) – The disturbing anti-mafia bestseller “Gomorra” that provoked death threats against its Italian author makes its debut in film form in Cannes on Sunday.
Roberto Saviano’s expose of the Naples-area Camorra mafia has sold more than a million copies since the book was published in Italy in 2006.
From gangland warfare to the Camorra’s infiltration into the building industry, arms and drug trafficking, and even the mishandling of toxic waste for a profit, Saviano paints a terrifying portrait of a crime syndicate that will stop at nothing.
The revelations of Saviano, born in a poor section of Naples 28 years ago, have enraged some mafia bosses.
Police discovered a plan to eliminate the young author and placed him under protection at the end of 2006.
“I am constantly escorted by police, I move house all the time,” Saviano told the daily La Repubblica this month. “I don’t have a normal life anymore.”
He added: “What the mafia couldn’t forgive was not the book but its success. If the book hadn’t been published in Naples, I think it would have been okay, the mafiosi would even share it among themselves because they would be pleased that someone told their story.”
Thirty-three foreign publishers have bought translation rights to the book, according to publisher Mandadori.
“Gomorra” has also been made into a play.
Less than a decade older than Saviano, 39-year-old filmmaker Matteo Garrone decided soon after the book came out that he wanted to turn it into a movie, choosing to focus on five characters whose paths crossed with the Camorra.
“It’s an apocalyptic, hopeless film,” said Garrone, who shot it in utmost secrecy in Naples mainly with non-professional actors in poor neighbourhoods including the Camorra bastion of Scampia.
“Don’t think of it as a classic expose film pitting good against evil … because in reality things are more complicated and the boundaries are less clear,” Garrone told the leading Italian daily Corriere della Sera.
“I reveal the biggest open-air drug market and the dynamics of gangland warfare after a truce that lasted years,” he said.
“I shot very violent, atrocious scenes, but the one that moved me the most shows two youths who have always been friends but are forced to go separate ways because they belong to different clans.”
The common denominator of the film’s characters is “a humanity that is conditioned by a system, a machine that crushes you and that you cannot rebel against,” Garrone said.
It will be Garrone’s second entry at Cannes, after he showed “L’Imbalsamatore” (The Embalmer) in 2002 in the Directors’ Fortnight category.